Covid-19 : l’impact « considérable » de la pandémie sur les enfants, les femmes et les minorités

10 juin 2021

Selon un rapport européen, la pandémie de Covid-19 a notamment exacerbé les inégalités envers les minorités, les femmes et les jeunes.

 

Emploi, santé, éducation… Leur accès est fortement inégal selon son sexe, son âge, sa situation géographique, son appartenance ethnique… Par ailleurs, concernant les enfants, la crise sanitaire a eu des conséquences néfastes sur l’enseignement. Mais pas que...

En effet, un rapport conjoint de l’OIT et de l’Unicef pointe sur le fait que le travail des enfants est en forte recrudescence à travers le monde. Aperçu dans la presse.

 

Le Monde : Le travail des enfants en recrudescence pour la première fois en vingt ans

 

« Des millions d’enfants risquent d’être poussés à travailler à cause de la pandémie de Covid-19, au moment où le monde a enregistré la première hausse du nombre d’enfants au travail en deux décennies, a mis en garde l’Organisation des Nations unies (ONU), jeudi. Un rapport conjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’Unicef, l’agence onusienne chargée du bien-être des enfants, estime que, au début de 2020, 160 millions d’enfants étaient forcés de travailler, soit 8,4 millions de plus en quatre ans. »

 

« Si les projections actuelles sur la hausse de la pauvreté dans le monde devaient se matérialiser, ce sont 9 millions d’enfants de plus qui vont être forcés de trouver du travail d’ici à la fin de l’année prochaine, selon le rapport. Mais les modèles statistiques montrent que ce nombre pourrait être plus de cinq fois plus élevé, a mis en garde Claudia Cappa, statisticienne à l’Unicef et coautrice du rapport. « Si les protections sociales baissent par rapport à leur niveau actuel, à cause de mesures d’austérité et d’autres facteurs, le nombre d’enfant forcés de travailler pourrait bondir de 46 millions » d’ici à la fin de 2022. »

 

« Le rapport, publié tous les quatre ans, montre que la moitié des enfants qui travaillent sont âgés de seulement 5 à 11 ans. La tendance à la hausse a commencé avant que la pandémie ne chamboule totalement l’économie mondiale et marque un tournant par rapport à la décrue de 94 millions d’enfants de moins au travail entre 2000 et 2016.

 

Au moment où la crise sanitaire se répandait dans le monde entier, un enfant sur dix était au travail. L’ONU avertit que la situation risque de se dégrader encore si rien n’est fait pour aider les familles qui plongent dans la pauvreté. »

 

« C’est l’Afrique subsaharienne qui a vu la plus forte hausse du nombre d’enfants au travail. Ils étaient 16,6 millions de plus au début de l’année dernière qu’en 2016. « Ces nouvelles projections sont un cri d’alarme », a souligné le patron de l’OIT, Guy Ryder, appelant à « briser le cycle de la pauvreté et du travail des enfants ». »

 

Ouest France : Le travail des enfants augmente pour la première fois en 20 ans, « Nous perdons du terrain » dit l'Unicef

 

« Un rapport conjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l'Unicef estime qu’au début 2020, 160 millions d’enfants étaient forcés de travailler, soit 8,4 millions de plus qu’en 2016. Le rapport, publié tous les quatre ans, montre que la moitié de tous les enfants qui travaillent sont âgés de seulement cinq à onze ans.

Et juste au moment où la crise sanitaire se répandait dans le monde entier, un enfant sur dix était au travail. L'ONU avertit que la situation risque de se dégrader encore si rien n’est fait pour aider les familles qui plongent dans la pauvreté.

 

« Nous perdons du terrain dans la lutte contre le travail des enfants et l’année dernière n’a pas rendu les choses plus faciles », a souligné Henrietta Fore, qui dirige l'Unicef.

Et d’ajouter : « Alors que nous avons largement entamé la deuxième année de confinements, fermetures d’écoles, secousses économiques et budgets nationaux en recul, les familles sont forcées de faire des choix cornéliens ». »

 

« Le phénomène frappe plus les garçons, qui comptaient pour 97 millions sur le total de 160 millions d’enfants au travail début 2020. »

 

« Plus inquiétante encore est la progression du nombre d’enfants de cinq à 17 ans qui font un travail dangereux, c’est-à-dire qui peut avoir un effet direct sur leur développement, leur éducation ou leur santé. Une catégorie qui comprend des secteurs dangereux comme les mines ou la pêche ou encore le fait de travailler plus de 43 heures par semaine, ce qui rend toute scolarisation quasiment impossible. Début 2020, l’OIT et l'Unicef estiment que 79 millions d’enfants étaient occupés à ce genre de travaux dangereux, soit 6,5 millions de plus que quatre ans plus tôt. La très grande majorité des enfants (70 % ou 112 millions) sont occupés à des tâches agricoles tandis que 20 % sont actifs dans le secteur des services et les 10 % restant dans l’industrie. »

 

« Avec 16,6 millions enfants de plus au travail au début de l’année 2020 qu’en 2016, c’est l’Afrique sub-saharienne qui a vu la plus forte hausse du nombre d’enfants au travail. »

 

Sud Ouest : Covid-19 - les enfants risquent une « catastrophe générationnelle » en raison de la pandémie

 

« La pandémie de Covid-19 a gravement affecté les droits des enfants dans le monde et les jeunes risquent une « catastrophe générationnelle » si les gouvernements n’agissent pas, a souligné jeudi dernier l’ONG KidsRights. »

 

« Des millions d’enfants n’ont pas eu accès à l’éducation en raison des restrictions sanitaires, alors que cela entraîne sur le long terme des conséquences sur leur santé physique et mentale, met en garde l’organisation de défense des droits de l’enfant dont le siège est à Amsterdam. »

 

« Les effets de la pandémie ont « malheureusement été au-delà des prédictions que nous avons émises à ses débuts il y a un an », a déploré Marc Dulleart, le fondateur et président de l’ONG.

« En dehors des patients du coronavirus, les enfants ont été les plus durement frappés, pas directement par le virus, mais parce qu’ils ont été négligés par les gouvernements dans le monde » a-t-il déclaré. « La relance éducative est la clé pour éviter une catastrophe générationnelle ». »

 

« Selon l’ONG, plus de 168 millions d’enfants n’ont pas pu se rendre à l’école, tandis qu’un enfant sur trois dans le monde n’a pas accès à l’école à distance lorsque les classes ferment. 142 millions d’enfants supplémentaires se sont retrouvés en situation de privation matérielle lorsque l’économie mondiale a été frappée par la pandémie et 370 millions d’enfants n’ont plus eu de restauration scolaire. »

 

« En outre, 80 millions d’enfants mineurs pourraient ne pas avoir leurs vaccinations de routine pour d’autres maladies en raison de la pression sur les soins de santé, estiment les auteurs du rapport. »

 

« Ils s’inquiètent également de la « recrudescence inouïe » pendant les confinements des violences domestiques, dont les enfants sont souvent victimes. »

 

« L’Islande, la Suisse et la Finlande sont en tête du « KidsRights Index 2021 », qui classe 182 pays en fonction de leur respect de la Convention internationale des droits de l’enfant. Le Tchad, l’Afghanistan et la Sierra Leone se placent en dernière position. La France, à la 8e place du classement, a progressé d’une place par rapport à l’année précédente.

Pour la première fois, l’ONG a inclus la Palestine dans sa liste, la plaçant en 104e position pour son attention portée aux soins de santé malgré des circonstances difficiles.

En revanche, comme les années précédentes, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont été mal classés en raison d’un manque de protection de certains enfants.

L’Autriche et la Hongrie ont aussi chuté dans le classement, pour cause de discriminations. La Hongrie est passée de la 97e à la 141e position, notamment en raison des discriminations « préoccupantes » à l’égard des enfants Roms. »

 

France Info : Covid-19 - Les conséquences désastreuses de la crise sanitaire sur l'enseignement au Royaume-Uni, en Inde et en Hongrie

 

« La pandémie a des répercussions majeures sur l'enseignement. Selon l'ONG KidsRights, un enfant sur trois dans le monde n'a pas accès à l'école à distance lorsque les classes ferment. »

 

« L'ONG estime que des millions d'enfants sur la planète n'ont pas eu accès à l'éducation, à cause des restrictions sanitaires. Et elle classe les pays en fonction de leur respect de la Convention internationale des droits de l'enfant. (…) Tour d'horizon au Royaume-Uni, en Inde et en Hongrie. »

 

« Au Royaume-Uni, un élève sur dix n'a pas d'accès à internet

Le Royaume-Uni est classé 169e sur 182, derrière le Yémen, l'Irak ou encore le Soudan. Il faut savoir que ce n'est pas seulement la faute de la crise sanitaire, puisque le Royaume-Uni est dans le bas de tableau depuis des années. Bien sûr, les différents confinements ont eu un impact très négatif sur l'éducation des jeunes britanniques. En moyenne durant la pandémie, ils ont manqué six mois d'école. Or l'apprentissage à la maison n'a pas été simple pour tous, car un élève sur dix n'a pas accès à internet et un sur quatre n'a pas d'espace au calme où travailler. Tout cela est bien sûr renforcé par le contexte social, les enfants issus de milieux défavorisés passeraient 30% de temps en moins que les autres à étudier chez eux. »

 

« L'impact est aussi psychologique et l'isolement a beaucoup affecté les enfants au Royaume-Uni. Plus d'un quart ont connu des troubles du sommeil pendant la pandémie et la situation est encore plus inquiétante chez les jeunes filles, puisque 27% d'entre elles ont vu leur santé mentale se dégrader. »

 

« Les répercussions seront aussi économiques. Selon un groupe d'universitaires, la croissance du pays pourrait être impactée pendant 65 ans par cette perte d'apprentissage.

Sur le plan individuel, c'est significatif, chaque élève ayant raté six mois d'école risque de gagner 47 000 euros de moins au cours de sa future vie professionnelle. À l'échelle des 8,7 millions d'écoliers du pays, cela représente 410 milliards d'euros. »

 

« En Inde, l'enseignement en ligne augmente  encore un peu plus les inégalités sociales 

L'Inde est 112e sur 182 dans le classement de KidsRights. Depuis un an les écoles ont rarement été ouvertes. Beaucoup d’enfants indiens n’ont passé que quelques semaines en classe, entre février et début avril, et comme les effets de la 2e vague se font encore sentir, les écoles ne sont pas près de rouvrir. Les professeurs ont essayé de faire passer l’enseignement en ligne, mais cela n’a fait qu’accentuer les inégalités sociales. En Inde, seulement un foyer sur quatre a un accès à internet, et les connexions mobiles peinent à compenser. Beaucoup d’enfants ont donc décroché. Les écoles publiques ont essayé d’envoyer les devoirs par WhatsApp, pour fournir un service minimum mais dans beaucoup de cas, ce sont les ONG qui prennent le relais pour éviter la déscolarisation des enfants pauvres. Le classement de KidsRights illustre bien ces ravages. »

 

« Le Bangladesh, a lui innové. Depuis plus d’un an, les enseignements du secondaire sont diffusés à la télévision nationale, ce qui permet d’offrir des cours réguliers aux enfants et de toucher plus de monde. (…) Néanmoins, un sondage mené par un ONG locale a révélé que seulement 11% des familles interrogées suivaient ces cours régulièrement, car les mêmes problèmes demeurent. Les familles les plus pauvres n’ont pas de poste de télévision et sont donc exclues. »

 

« En Hongrie, les cours à distance difficiles à suivre notamment pour les Roms

La Hongrie est 141e sur 182 dans l'index de l'ONG KidsRights. Pour les Roms sédentarisés depuis des siècles, les cours en ligne ont viré au casse-tête. Même si les Roms, qui représentent près de 10 % de la population, vivent dans des maisons en dur ou des appartements, leurs logements sont petits, ce sont parfois des taudis. La plupart des familles n’ont pas d’ordinateur. Leurs enfants n’ont pas pu faire leurs devoirs en ligne pendant la pandémie. D’autant plus que l’accès à internet est un problème. En Hongrie 40 % seulement des familles roms sont reliées au câble et à l'internet mobile et 13 % ne sont pas connectées du tout. Selon un rapport du médiateur de la république, le passage à l’école à distance, pendant la pandémie, a encore aggravé la situation désavantageuse des petits roms. Ils ont été privés de leur droit à l’éducation pendant des mois. Jusqu’à la reprise des cours à l’école primaire le 20 avril dernier, et au collège le 10 mai. »

 

« Dans la plupart des communes, du lundi au vendredi, chaque enfant a pu venir chercher un repas chaud distribué par la municipalité pendant la crise du Covid-19. Ceci pour remplacer le repas de la cantine. Autre gros problème en Hongrie : la ségrégation scolaire, qui est parfois encouragée par les autorités hongroises. Aucun gouvernement n’a pris le problème à bras le corps. Résultat, la Hongrie a chuté dans le classement de l’ONG KidsRights. Le pays est passé de la 97ème à la 141ème place à cause cette discrimination des jeunes Roms. »

 

Ouest France : La pandémie de Covid-19 a eu un impact « considérable » sur les minorités et les jeunes en Europe

 

« La pandémie de Covid-19 a eu un effet « sans précédent » ​et « profond » sur les droits, alimentant le racisme envers les minorités, tandis que « de nombreux enfants ont souffert », selon un rapport européen publié jeudi 10 juin. »

 

« La situation « a exacerbé des défis et inégalités existants dans tous les domaines, affectant en particulier les groupes vulnérables »​, relève l’Agence européenne des droits fondamentaux (FRA), basée à Vienne (Autriche), dans ce document annuel, déplorant des conséquences « durables ». »

 

« Nombre des 27 pays membres de l’UE ont décrété des états d’urgence « accordant aux gouvernements des pouvoirs décisionnaires extraordinaires » ​qui ont limité « l’ensemble des droits humains », note l’étude qui porte aussi sur la Macédoine du Nord et la Serbie. »

 

« Parmi les catégories en première ligne, les personnes âgées, les enfants, les Roms, réfugiés et migrants, ou encore les handicapés.

Les femmes ont également été « touchées de manière disproportionnée »​, qu’il s’agisse de l’emploi, de l’équilibre vie privée-vie professionnelle ou de leur santé du fait de leur forte représentation dans les secteurs dits « essentiels ».

 

Du côté des minorités, le rapport mentionne aussi un risque plus élevé de contaminations et de perte de travail. »

 

« En outre, la pandémie « a provoqué une hausse des incidents racistes et xénophobes »​, souligne-t-il, évoquant « des insultes verbales, des cas de harcèlement, d’agression physique et des discours de haine ». »

 

« Les enfants ont pâti pour leur part de l’éducation à distance. « Les systèmes n’étaient pas prêts à une transition aussi soudaine » et les enseignants pas formés, constate l’agence. »

 

« « La maltraitance des enfants a également augmenté pendant le confinement et la quarantaine », ainsi que le nombre des affaires d’abus sexuels en ligne, ajoute le document, s’appuyant sur des éléments de l’agence européenne de police Europol. De manière plus large, les violences domestiques ont augmenté sur la période : en République tchèque et en Allemagne, le nombre d’appels aux permanences téléphoniques a ainsi bondi de 50 % et de 20 % respectivement, entre mars et juin 2020. « Les gouvernements doivent mettre en place des structures durables pour lutter contre les inégalités, le racisme et l’exclusion », a commenté dans un communiqué Michael O’Flaherty, directeur de la FRA. »

 

Challenges : Egalité hommes-femmes - L’appel du Women’s Forum pour des politiques publiques plus inclusives

 

« En amont du prochain Sommet du G7, qui se tient du 11 au 13 juin au Royaume-Uni, le Women’s Forum publie un baromètre réalisé avec Ipsos pour mesurer l’impact de la crise du Covid-19 sur les hommes et les femmes dans les sept pays membres. Un coup de projecteur qui met en lumière les effets dévastateurs de la pandémie pour de nombreux hommes, et encore plus pour les femmes. Ce rapport, réalisé sous l’autorité de Chiara Corazza, déléguée spéciale du "Davos des Femmes" pour le G7 et le G20, pointe le risque de creuser encore plus les inégalités de genre à la sortie de la crise. D’où l’appel du Women’s Forum aux chefs d’Etat et de gouvernement à passer à l’action pour faire naître une économie plus inclusive. »

 

« Peur de l’avenir, peur d’aller dans les hôpitaux, mais aussi obligation de faire plus de choses à la maison et manque de temps pour s’occuper de sa propre santé: plus de la moitié de la population est concernée, révèle le baromètre Women’s Forum-Ipsos. "Nous n’imaginions pas un tel niveau de sévérité, souligne Etienne Mercier, directeur du pôle Opinion et Santé chez Ipsos. Tous les domaines de la vie sont impactés." Près d’un tiers des personnes interrogées disent aussi avoir subi une perte de pouvoir d’achat et même coupé dans leurs dépenses de santé. (…) Elles souffrent également d’une perte de confiance en elles. »

 

« "Nous avions effectué une première mesure fin août/début septembre 2020, indique Etienne Mercier. C’est sur les inégalités entre les hommes et les femmes que la situation s’est le plus aggravée." Si, en moyenne, 55% des personnes interrogées disent avoir été victimes de burn-out, d’anxiété et/ou de dépression depuis le début de la pandémie (chiffre en hausse de 2% par rapport au baromètre de 2020), l’écart entre les femmes et les hommes est de 9 points, avec 59% des femmes et 50% des hommes, les écarts les plus importants se situant au Royaume-Uni (60% des femmes contre 46% des hommes), en France (46% ; 32%) , en Allemagne (48% ; 34%) et au Canada (72% ; 56%). »

 

« Santé, situation psychologique, ambition professionnelle…Pour chacune des questions posées, un décalage important entre les hommes et les femmes apparaît, et cela dans l’ensemble des pays du G7. Les femmes sont ainsi bien plus nombreuses que les hommes à avoir peur de l’avenir (75% contre 65%) et 70% d’entre elles estiment qu’il reste plus difficile pour une femme que pour un homme d’avoir une belle carrière parce qu’elle doit accepter de sacrifier en partie sa vie de famille (contre 58% des hommes). "Dans ce contexte, on peut craindre un vrai recul du combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes, décrypte le sondeur, et des femmes qui se mettraient en retrait de la scène économique." Avec à la clé, le risque de perdre des points de croissance. »

 

« Cependant, cette situation est de moins en moins bien acceptée par l’opinion, indique le baromètre Women’s Forum-Ipsos, qui ouvre là une fenêtre pour une évolution possible des politiques publiques. Pour la grande majorité des populations du G7 (90%), il est important de combler l’écart entre les hommes et les femmes car cela aurait des effets positifs sur la croissance. Pour 27% des hommes et 32% des femmes, il s’agit même d’une priorité absolue –et jusqu’à 50% pour les Italiennes. Offrir les mêmes chances aux femmes qu’aux hommes, leur donner un meilleur accès aux filières scientifiques et aux postes de direction des entreprises seraient autant de mesures bénéfiques sur le plan économique, estime aussi la majorité des personnes sondées. "Il existe aujourd’hui une volonté partagée de voir des mesures mises en place sans attendre que les stéréotypes disparaissent", résume Etienne Mercier. »

 

Le Monde : Covid-19 - les femmes paient le plus lourd tribut à la crise

 

« Dans les pays en développement, 47 millions de femmes ont basculé sous le seuil de pauvreté en 2020. Si, en Europe, le chômage partiel a limité les destructions d’emplois, nombre de mères ont dû jongler entre vie professionnelle et vie privée pendant les confinements. (…) »

 

« Plus d’un an après le début de la pandémie de Covid-19, de nombreuses femmes, en France et ailleurs, confient leur épuisement. Les difficultés auxquelles elles font toujours face, surtout lorsqu’elles ont des enfants. Les inquiétudes qui les minent. Parce qu’elles sont surreprésentées dans les emplois précaires et les secteurs en difficulté, comme le tourisme, parce que le télétravail a bouleversé les équilibres entre vie familiale et professionnelle, elles sont plus affectées par la crise que les hommes à de nombreux égards. »

 

« Depuis quelques mois, les grandes organisations internationales sonnent régulièrement l’alarme sur le sujet. « Dans le monde du travail, les femmes qui ont de jeunes enfants ont été les premières victimes des confinements », souligne le Fonds monétaire international (FMI), dans une étude parue fin avril. « Le Covid-19 est une crise avec un visage féminin, déclarait Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, le 15 mars. Ses répercussions ont montré à quel point l’inégalité entre les sexes reste profondément ancrée dans les systèmes politiques, sociaux et économiques. » »

 

« Au niveau mondial, les pertes d’emplois des femmes se sont élevées à 5 % en 2020, selon l’Organisation internationale du travail, contre 3,9 % pour les hommes.

« Cette crise diffère beaucoup des récessions précédentes parce qu’elle touche surtout les services, où les femmes sont plus nombreuses », résume Matthias Doepke, économiste à l’université Northwestern, à Chicago (Illinois), coauteur d’une étude sur le sujet. « En 2008, les destructions d’emplois s’étaient, à l’inverse, concentrées dans l’industrie, où les jobs sont majoritairement masculins. » »

 

« Le tableau est néanmoins très contrasté selon les Etats, leurs systèmes sociaux, l’ampleur de la récession et des confinements qu’ils ont traversés.

Dans les pays en développement, 47 millions de femmes ont basculé sous le seuil de pauvreté en raison de la pandémie, annulant des décennies de progrès, selon le Programme de Nations unies pour le développement. Cela, parce qu’elles sont surreprésentées dans les secteurs informels, sans protection sociale. Dans les régions où les filles accèdent déjà difficilement à l’école en temps normal, l’interruption de la scolarité aura, en outre, des conséquences à long terme sur leur vie et sur leurs revenus. »

 

« Aux Etats-Unis, le taux de participation des femmes au marché du travail, de dix points inférieur à celui des hommes, a chuté de 57,8 % à 54,6 %, entre février et avril 2020. Un an après, en avril 2021, il n’était remonté qu’à 56,1 %. « Beaucoup des mères sorties du marché du travail au pic de la crise pour s’occuper des enfants n’y sont toujours pas revenues », s’inquiète Nicole Mason, présidente de l’Institute for Women’s Policy Research, un centre de recherche américain travaillant sur les politiques publiques consacrées aux femmes. « Beaucoup passeront à côté de la reprise. » »

 

« En Europe, le chômage partiel s’est traduit par une baisse du nombre d’heures travaillées. Mais il a efficacement limité les destructions d’emplois. « Celles-ci sont malgré tout plus importantes dans les pays du Sud, très affectés par l’effondrement du tourisme, que dans les pays du Nord », observe Lina Salanauskaitė, chercheuse à l’Institut européen pour l’égalité des genres. »

 

« En outre, un fossé net sépare les pays disposant d’un généreux système public d’accueil de la petite enfance de ceux où la garde repose surtout sur la solidarité familiale, plus longuement interrompue en raison de la distanciation physique. En Suède, le taux d’activité des femmes s’est ainsi maintenu autour de 80 %, alors qu’en Italie, il est tombé de 56,5 % à 54,7 % entre 2019 et 2020 : beaucoup d’Italiennes sont sorties de l’emploi pour prendre soin des enfants. »

 

« En France, où 10,6 % des femmes sont en CDD (contre 6,5 % des hommes), selon l’Insee, les difficultés se sont concentrées sur les plus précaires. « Pour les familles à l’euro près, la baisse de revenus liée au chômage partiel a été très douloureuse, explique Nicole Rouvet, secrétaire générale du Secours populaire dans le Puy-de-Dôme. Et 92 % des personnes que nous recevons pour l’aide alimentaire sont des femmes. Lorsque les difficultés s’accumulent, nous observons que ce sont elles qui prennent tout en charge : les courses, le budget, le quotidien. » »

 

« En dépit de la reprise se profilant, beaucoup de ces mères célibataires – elles représentent 84 % des familles monoparentales en France – peinent à reprendre le fil de leur vie. « J’ai eu la chance de garder mon emploi au chômage partiel, mais j’ai vécu ces derniers mois dans une terrible peur, témoigne Assia (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat), 35 ans, mère célibataire. Ma famille est loin, je n’ai personne : si je suis contaminée, qui s’occupera de mes deux fils de 3 et 6 ans ? Cette angoisse s’est incrustée en moi. J’ai l’impression qu’elle ne me quittera plus jamais. »

 

Cette peur, Nicole Rouvet l’a observée chez de nombreuses mères seules. « Pour elles, tomber malade est le scénario catastrophe », résume-t-elle, soulignant que beaucoup sont restées cloîtrées chez elles, se concentrant sur les besoins de leurs enfants. Et oubliant les leurs. « L’école à la maison et les repas supplémentaires à gérer pendant les confinements ont mis un peu plus encore la pression sur ces femmes : pendant des mois, elles n’ont eu aucune respiration, aucune soupape », abonde Aurélie Mercier, membre du Secours catholique. Beaucoup de mères de jeunes enfants pour qui le travail à distance a été possible parlent elles aussi de cette absence de « soupape ». Les travaux de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Insee l’attestent : dans nombre de couples, en particulier ceux avec enfant(s), le télétravail a creusé l’inégale répartition des tâches domestiques et parentales. Car même si les hommes en ont fait plus à la maison, ils en ont malgré tout fait moins que leur conjointe. Selon l’Insee, 43 % des mères ont ainsi passé plus de six heures quotidiennes à s’occuper des enfants, entre avril et mai 2020, contre 30 % des pères. En outre, seules 29 % des femmes cadres ont disposé d’une pièce spécifique dévolue au travail, contre 47 % des hommes cadres. (…) »

 

« Sur le marché du travail également, la pandémie laissera des séquelles. Elles seront nettement plus lourdes dans les pays où l’emploi des femmes s’est le plus dégradé. Aujourd’hui, beaucoup d’économistes, comme ceux du FMI, mettent en garde contre le risque d’une reprise inégale, à leur détriment.

 

« Les plans de relance européens sont axés sur l’environnement et le numérique, des métiers où les femmes sont peu présentes », ajoute Corinne Hirsch, cofondatrice du Laboratoire de l’égalité, une association engagée en faveur de l’égalité professionnelle. Selon une étude de la Fondation des femmes, seuls 7 milliards des 35 milliards d’euros du premier plan de relance français étaient fléchés vers les emplois considérés comme féminins. S’ajoute à cela le télétravail, que nombre d’entreprises comptent prolonger au-delà de la pandémie. « Bien encadré, il peut favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale pour tout le monde », juge Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. Avant de prévenir : « Mais il peut aussi nuire aux femmes si ce sont elles qui, majoritairement, se retrouvent à travailler depuis la maison. » »