Violences sexuelles : former les agents pour aider les enfants

12 février 2021

Les récentes affaires d’inceste médiatisées montrent qu’il est très difficile pour les victimes de sortir du silence. Comment écouter et aider les enfants ?

Les agents territoriaux sont, sur ce sujet, bien souvent en première ligne...

Les révélations de Camille Kouchner dans son livre « La Familia grande » n’ont pas fini de provoquer des déflagrations dans l’espace public, un an après le récit de Vanessa Springora dans « Le Consentement ». Au-delà de la mise en cause de personnalités et des connivences qui les ont longtemps protégées, elles ont le mérite de mettre sur le devant de la scène les violences sexuelles faites aux mineurs dans tous les milieux sociaux.

Une chape de silence pèse depuis longtemps sur les victimes, pourtant nombreuses et très jeunes au moment des faits. Le huis clos familial, le mutisme d’enfants amenés à se taire par honte, par peur, par méconnaissance ou sous l’emprise de l’agresseur n’expliquent pas tout. Selon une enquête du Défenseur des droits, à l’époque Jacques Toubon, sur l’accès aux droits, en 2017, si les témoins d’une atteinte aux droits des enfants ne font pas de démarches, c’est parce qu’ils considèrent qu’ils manquent de preuves (53 %) ou que cela ne les regarde pas (41 %). Pourtant, tout citoyen a une obligation de signalement auprès de la cellule de recueil des informations préoccupantes (Crip) du département ou du procureur de la République, simplement sur la base de ce qu’il a observé ou entendu.

Des personnes à part entière

Les agents territoriaux en contact avec les enfants sont en première ligne. Qu’ils travaillent en crèche, à l’école ou dans les centres de loisirs, ils accueillent les enfants de tous les milieux sociaux.

Il leur arrive d’observer des situations inquiétantes et d’alerter. Mais trop peu. Et rarement sur cette grave question des violences sexuelles. Comment lever le tabou ? En changeant le regard des adultes sur les enfants, plaide Geneviève Avenard, Défenseure des enfants de septembre 2014 à juillet 2020 auprès du Défenseur des droits : « La priorité, c’est de les sensibiliser aux droits des enfants, des personnes à part entière qui ont autant de valeur que les adultes. Ils ont le droit au respect de leur dignité, de leur intégrité physique et psychique, le droit de s’exprimer… »

A l’inverse des préjugés de la société patriarcale, cette représentation de l’enfant est, pour lui-même, source de considération. Selon la même enquête du Défenseur des droits, en 2017, une personne capable de citer au moins un droit des enfants a une probabilité deux fois plus grande de signaler une atteinte aux droits des enfants dont elle a été témoin qu’une personne qui les ignore.

Recherche-action sur le soutien éducatif

Mieux considérer les enfants, c’est aussi mieux les écouter. Mais encore faut-il créer des conditions favorables à leur prise de parole. « Il faut former à l’écoute active et à l’observation des enfants, mais aussi ouvrir des espaces de parole, par exemple en faisant intervenir de jeunes ambassadeurs sur les droits des enfants dans les écoles, les centres de loisirs… – une action lancée par le Défenseur des droits depuis treize ans -, ou en mettant en œuvre l’éducation à la sexualité, qui reste insuffisante. »

Une fois la parole plus libre, comment répondre ? Que faire ?

Pas simple, quand on est assailli de craintes et de doutes. Selon Marie-Agnès Féret, chargée d’études « enfance et famille » à l’Observatoire national de l’action sociale, qui conduit une recherche-action sur le soutien éducatif et la protection de l’enfance, il est nécessaire de renforcer la collaboration entre les professionnels de la protection de l’enfance, qui relèvent du département, et les agents de toutes les collectivités, qui sont chaque jour en contact avec les enfants, ainsi que l’Education nationale, qui a été jusqu’ici la première source d’informations préoccupantes transmises aux Crip. « Les agents peuvent noter précisément ce qu’ils ont entendu et observé, et partager ces informations avec des travailleurs sociaux qui sont en lien régulier avec eux », indique Marie-Agnès Féret. Une démarche que la ville d’Orly (23 900 hab., Val-de-Marne), engagée dans cette recherche-action, a commencé à développer : formation des agents, nomination d’une personne ressource chargée de conseiller les agents et de faire le lien avec la protection de l’enfance, échanges confidentiels autour des situations repérées… Et si un enfant, dans ce contexte bienveillant, a révélé les violences subies, un signalement est immédiatement fait au procureur.

FOCUS
Une obligation pour tout citoyen
Témoin d’une situation d’enfant ou d’adolescent maltraité, en danger ou en risque de l’être, tout citoyen a l’obligation de rendre compte de ce qu’il a observé aux autorités compétentes pour venir en aide à ce jeune. Le Centre de victimologie pour mineurs, qui regroupe des professionnels de la protection de l’enfance, détaille la forme que peut prendre cette déclaration : « Soit par une information préoccupante face à un mineur en danger ou en risque de l’être (à la cellule de recueil des informations préoccupantes – Crip) ; soit par un signalement face à un mineur maltraité (au procureur de la République). » Non respectée, cette obligation entraîne des sanctions pénales. Quant aux professionnels soumis au secret, ils sont autorisés par la loi à « lever le secret » lorsqu’il s’agit d’une situation de violences sur mineurs (code pénal, art. 226-14). Sur le site web du centre, une page leur est dédiée, avec des informations sur la maltraitance, la procédure de signalement, la liste des Crip…
Source : Centre de victimologie pour mineurs (« cvm-mineurs.org »)
12 février 2021
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