Nanterre : en grève, les agents de la ville refusent de perdre leurs jours de congés

06 mai 2021

Plusieurs centaines d’agents observent un mouvement de grève depuis lundi. Tous sont hostiles à la mise en oeuvre de la loi de transformation de la Fonction publique et l’application du Rifssep, le nouveau dispositif indemnitaire.

De mémoire de syndicaliste, Nanterre n’avait pas connu telle contestation sociale depuis plus de 25 ans. Depuis lundi, entre 250 et 400 agents de la ville-préfecture observent un mouvement de grève, répondant à l’appel de l’intersyndicale constituée de la CGT, la CFDT, Unsa et FO. Avec pour conséquence, la fermeture de plusieurs écoles et centres de loisirs.

En cause : les mises en place de la controversée loi de transformation de la fonction publique territoriale et du Rifseep, le nouveau dispositif indemnitaire de référence censé remplacer la plupart des primes et indemnités existantes dans la fonction publique. Des mises en place qui, selon les syndicats, s’accompagnent de la perte de revenus et de jours de congé - 11 pour les hommes et 12 pour les femmes - pour certains des 2 400 agents que compte la ville. Parmi ces jours : la journée du maire, les jours d’ancienneté ou encore la journée de la femme.

Les syndicats demandent un délai supplémentaire

« C’est un véritable coup de massue. On revient sur des acquis sociaux pour faire des économies, s’étrangle Gérard Ayral, délégué FO. Mettre en application les réformes, pas de problème, c’est la loi. Mais au lieu de mettre tout ça en place de façon tranquille, la ville mène ça dans l’urgence et de manière brutale. Résultat, aujourd’hui, personne, de l’Atsem aux cadres, n’accepte de se faire sucrer des jours de congé. »

Les syndicats s’étonnent notamment qu’une ville de gauche comme Nanterre fasse appel au cabinet privé KPMG pour mener l’audit financier préalable à l’application de la réforme. « C’est bien la preuve que l’objectif est de gagner de l’argent sur le dos des agents » s’agace le même délégué syndical.

Réunis en assemblée générale trois jours de suite, les agents contestataires réclament à la fois le report de la mise en place de la loi de transformation et celui du Rifseep. « On nous a présenté le projet en avril pour faire passer la délibération [NDLR : au conseil municipal], le 28 juin prochain. Le délai est un peu court, regrette Richard Decreton, secrétaire général adjoint de l’Unsa. On demande juste un délai de concertation raisonnable, histoire de laisser la place à des véritables négociations. »

Ce délai, les organisations syndicales l’estiment indispensable pour détailler aux agents les modalités de mise en œuvre du nouveau régime indemnitaire. « Entre l’indemnité de fonction, de sujétion et d’expertise (IFSE), le complément indemnitaire annuel (CIA) et les clauses de sauvegarde, la plupart des agents ignorent le contenu même du Rifseep, déplore Hakim, délégué CFDT. Or, sur un sujet aussi important, il faut prendre le temps d’expliquer à tous. »

Le maire était opposé à la réforme

Du côté de la ville, le maire (DVG) Patrick Jarry et son entourage s’attendaient à ce que la mise en place de cette loi de transformation suscite la colère et la désapprobation des agents territoriaux. « C’est une loi défavorable à certains et elle place les élus, et notamment des villes de gauche, dans une position inconfortable, souffle un proche du maire de Nanterre. Mais cette loi a été votée et les collectivités doivent maintenant l’appliquer. »

Dès le vote de cette loi, le 6 août 2019, Patrick Jarry avait d’ailleurs signé une pétition aux côtés des maires de Bagneux, Gennevilliers, pour rappeler sa franche hostilité à cette réforme. « Ce n’est pas suffisant, estime-t-on parmi les grévistes. Si vraiment, il est contre cette loi, rien ne l’empêche de résister et d’aller battre le pavé avec les autres élus qui partagent sa ligne. »

Une nouvelle assemblée générale est programmée, ce jeudi, à 10 heures. Le mouvement de grève pourrait avoir des conséquences, dans les jours qui viennent, sur le fonctionnement de la cuisine centrale.

5 mai 2021
David Livois 
pour Le Parisien