RETRAITES : réforme « ambitieuse », « complexe », source « d’inquiétudes »…

04 juin 2021

Invité sur la matinale de France info présentée par Agathe Mahuet, Yves Veyrier revient sur les propos du Président de la République.

Agathe Mahuet : Vous l’entendez comme cela vous aussi, c’en est fini du régime à points ?

Yves Veyrier : Je comprends que la mère des réformes n’est plus celle des retraites mais celle de l’accès à l’emploi, et le Président de la République dit qu’elle était extrêmement complexe.
Je vais vous dire pourquoi : parce qu’elle ne résout en rien les difficultés !
Le système universel par points ne résout en rien les difficultés que les salariés peuvent rencontrer au moment de faire valoir un droit à la retraite, parce que ces difficultés sont effectivement celles de l’accès à l’emploi pour les jeunes, à un emploi à temps plein, pérenne ; du maintien dans l’emploi tout au long de la vie active et en particulier pour les seniors - un salarié sur deux au moment de liquider sa retraite n’est déjà plus en emploi ; les difficultés qui sont celles de subir des contrats courts, des alternances entre des contrats courts et du chômage que subissent plus souvent les femmes ; des bas salaires. Toutes ces difficultés s’accumulant, au terme de votre vie active, font que vous avez du mal à avoir une bonne retraite, une retraite décente.
Le système actuel les compense, plus ou moins bien, parce qu’il est fondé sur un système par annuités – on valide des annuités même quand nous avons des périodes d’interruption – et sur un système complémentaire qui est négocié entre les employeurs et les salariés, l’AGIR ARCO, les retraites complémentaires.
Le système universel par points aurait aggravé ces difficultés et ces difficultés vont s’aggraver avec la crise.
La DARES vient de publier un rapport : en 2019, 4,8 millions, presque 5 millions de salariés ont signé des contrats de moins d’un mois ! C’est cela qu’il faut résoudre !
Si on fait en sorte que tout salarié dès son entrée dans la vie active, jusqu’au terme de sa vie active, jusqu’au moment de faire valoir son droit à la retraite, peut bénéficier d’un emploi pérenne à temps plein, vous verrez qu’on résoudra le problème du niveau de la retraite, du droit à la retraite effectif et de l’équilibre financier du système.

 

AM : Donc c’est un soulagement pour vous ce matin, Yves Veyrier, de voir ce changement de priorité dans la tête d’Emmanuel Macron ou bien vous restez inquiet parce que nous ne savons pas forcément ce qui nous attend pour autant   

YV : Je reste tout le temps sur mes gardes ! Il inverse la priorité, il dit que ça n’est plus la retraite, la mère des réformes, mais la question de l’emploi. « Un vrai travail, un vrai salaire » c’est la revendication de Force Ouvrière ! Si le Président de la République en fait son mantra eh bien tant mieux ! ça veut dire que ce que FO dit était fondé. Je n’ai eu de cesse de débattre avec les ministres, avec les parlementaires qui portaient ce projet. J’expliquais qu’ils ne maîtrisaient ni le système universel de retraite par points, leur projet, ni même le système actuel.

 
AM : Pour autant ça n’est pas forcément terminé, le Président évoque maintenant des décisions difficiles à venir sur les retraites. Il ne précise pas sa pensée. Qu’est-ce que cela veut bien pouvoir dire pour vous   

YV : Vous savez, il ne faut pas se faire leurrer. Il y a eu un moment donné, un débat sur systémique – paramétrique. Dès le départ, j’ai expliqué que le système de retraite universel par points c’était une réforme paramétrique permanente parce qu’il permettra demain à ceux qui, si elle voyait le jour, mais j’espère que c’est fini, qu’elle est remisée définitivement !
Mais ce système là permettrait demain aux gouvernements, puisque ce sont eux qui, in fine, géreraient un système universel, de jouer sur les paramètres : la valeur du point à l’achat, la valeur de service au moment de revendre ses points et de les transformer en pension… jouer sur ces paramètres pour contraindre les salariés à devoir travailler plus longtemps pour bénéficier d’une retraite pleine, décente – c’était l’âge pivot – ou de contraindre le niveau de la pension lui-même.

AM : Et vous pensez que cette fois nous allons échapper à cela   

YV :  Franchement, vous croyez que lorsque les jeunes ont du mal à trouver un boulot, à rester dans l’emploi, lorsque les femmes ont du mal à trouver un emploi avec un salaire correct à temps plein pérenne, les seniors à garder leur emploi jusqu’au moment de la retraite, vous pensez que, pendant ce temps-là, la priorité devrait être de faire travailler, d’obliger ceux qui ont encore de la chance d’avoir un emploi au moment de la retraite de devoir travailler plus longtemps ? Ce serait vraiment « cul par-dessus tête » ! »

AM : Il faut une nouvelle concertation alors Yves Veyrier, pour la suite de cette réforme des retraites   

YV : Nous avons toujours dit qu’il faut améliorer les droits à la retraite. C’est une réalité. Tout le monde ne bénéficie pas d’une retraite correcte aujourd’hui, loin s’en faut ! Il y a à améliorer. Evidemment on ne peut pas laisser ceux qui sont sur le carreau aujourd’hui avec des petites retraites donc il faut abonder le fonds de solidarité vieillesse, appuyer ceux qui n’ont que des petites retraites parce qu’ils n’ont pas eu, tout au long de leur vie active, un emploi suffisant, donc ceux-là il faut les aider bien évidemment. Il faut revaloriser les petites retraites. Il faut revaloriser les pensions. Il faut préserver le pouvoir d’achat des pensions.
Mais vous savez, il y a une autre réforme qui ferait bien d’être remisée – j’espère que le Conseil d’État va nous donner raison – c’est celle de l’assurance chômage. Il faut mettre fin aux contrats courts, il faut surveiller les entreprises qui ont bénéficié d’aides publiques et qui licencient.

YVES VEYRIERSecrétaire général de Force Ouvrière