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Rédigé le 07/06/2021

Plus de dix ans après la révélation du scandale sanitaire du Mediator, mettant en cause ce médicament tenu pour responsable de centaines de décès, le tribunal judiciaire de Paris a reconnu la culpabilité le 20 mars dernier du laboratoire Servier des chefs de « tromperie aggravée » et d'« homicides et blessures involontaires » et l'a condamné à payer une amende de 2,7 millions d'euros. L'ancien numéro du groupe (M. SERVIER est décédé en 2014) a été condamné à 4 ans emprisonnement avec sursis et l'Agence du médicament à 303.000 euros d'amende.

Les débats ont permis de pointer une chaîne de carences et d'infractions caractérisées : un laboratoire qui a commercialisé le Médiator pendant plus de 30 ans malgré les nombreux alertes et rapports sur ses dangers potentiels ; une agence du médicament, établissement public de santé qui a mal joué son rôle de régulateur ; des médecins, qui ne sont pas parties prenantes du procès pénal et qui s'estiment eux-mêmes trompés, qui prescrivaient un antidiabétique comme coupe faim ; des liens ambivalents entre le laboratoire et certains experts scientifiques du monde sanitaire.

Pour l'AFOC qui avait négocié il y a plus de 10 ans une convention d'honoraires avec un cabinet d'avocat pour pouvoir répondre à la demande des ses adhérents souhaitant se porter partie civile dans ce procès, à l'instar des 6500 personnes concernées par l'action civile, il s'agit d'un procès historique qui devrait envoyer un signal à tous les porteurs d'intérêts publics comme privés : celui qu'on ne peut porter atteinte à la santé publique sans être sanctionné à terme.

Même si le montant des amendes peut sembler dérisoire au regard des bénéfices engrangés par le groupe Servier au fil des années, il convient d'espérer que ce jugement permettra d'éviter la réitération d'autres affaires sanitaires.

L'affaire est en appel, elle sera donc suivie.

28 mai 2021
AFOC