Logement social : l'illusion du progrès

Rédigé le 17/04/2026

ÉDITORIAL du Bulletin Logement de l'AFOC n°64

Il existait 5,4 millions de logements sociaux au 1er janvier 2026. On pourrait s'en féliciter. Après tout, le parc continue de croître, malgré une conjoncture défavorable. Mais ce serait oublier l'essentiel : la France ne construit plus au rythme de ses besoins, et le logement social, pourtant pilier de la cohésion nationale, avance désormais à pas comptés.

La baisse de la vacance et de la mobilité dit tout : le parc est saturé. Chaque logement libéré est aussitôt réattribué, tandis que les listes d'attente s'allongent. Dans les zones tendues, la situation frôle l'absurde : des ménages éligibles, solvables, parfois prioritaires, patientent des années sous un toit décent. Pendant ce temps, la construction neuve s'effondre, étranglée par les coûts, les normes et l'incertitude politique.

Le logement social n'est pourtant pas un simple segment du marché. C'est un outil de justice sociale, un amortisseur économique, un levier écologique. Pourtant, il reste traité comme une variable d'ajustement budgétaire. On exige des bailleurs qu'ils rénovent, constuisent, logent les plus fragiles... tout en supportant des contraintes financières qui les affaiblissent.

La France n'a pas un problème de chiffres : elle a un problème de cap. Tant que le logement social ne sera pas considéré comme une infrastructure essentielle. - au même titre que l'école ou la santé -  les rapports s'accumuleront, les tensions s'aggraveront, et les solutions resteront hors de portée.

Le pays n'a pas besoin d'un énième diagnostic. Il a besoin d'un choix politique clair : assumer que le logement est un droit, pas un marché.

Pascal Lagrue
Président de l'AFOC