L’apprentissage tout au long de la vie, priorité stratégique

Rédigé le 11/05/2026

Un nouveau rapport de l’OIT avertit que sans des systèmes d’apprentissage tout au long de la vie plus solides et plus inclusifs, les transformations numérique, écologique et démographique risquent d’accentuer les inégalités.

GENÈVE (OIT Infos) - Alors que la numérisation et l’intelligence artificielle (IA), la transition écologique et les mutations démographiques transforment les marchés du travail à l’échelle mondiale, un nouveau rapport de l’OIT appelle les gouvernements à faire de l’apprentissage tout au long de la vie un pilier central des politiques économiques et sociales.

S’appuyant sur de nouvelles enquêtes auprès des travailleurs, l’analyse des offres d’emploi en ligne, des données institutionnelles et une revue de 174 études sur les pratiques efficaces en matière de formation, le rapport Apprentissage permanent et compétences pour l’avenir avertit que sans un investissement accru dans des systèmes d’apprentissage inclusifs, ces transformations risquent d’élargir les inégalités entre les pays et en leur sein.

«L’apprentissage tout au long de la vie est le pont entre les emplois d’aujourd’hui et les opportunités de demain. Il ne s’agit pas seulement d’employabilité et de productivité, mais aussi de promouvoir le travail décent, de stimuler une véritable innovation et de construire des sociétés résilientes, ce qui en fait un élément central de toute stratégie réussie de croissance et de développement durables», a déclaré le Directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo.

L’apprentissage tout au long de la vie est le pont entre les emplois d’aujourd’hui et les opportunités de demain. Il ne s’agit pas seulement d’employabilité et de productivité, mais aussi de promouvoir le travail décent, de stimuler une véritable innovation et de construire des sociétés résilientes (Gilbert F. Houngbo, Directeur général de l’OIT)

Un paysage des compétences en mutation qui risque d’accentuer les inégalités

À mesure que le monde du travail connaît des transformations profondes, les implications pour les besoins en compétences sont considérables. Les technologies numériques, y compris l’IA, modifient la manière dont le travail est effectué, tandis que la transition vers des économies écologiquement durables redéfinit les systèmes de production et les emplois. Dans le même temps, le vieillissement de la population dans de nombreuses régions accroît les exigences envers les travailleurs âgés et augmente les besoins en soins.

Seules 16 % des personnes âgées de 15 à 64 ans déclarent avoir participé à une formation structurée au cours de l’année précédant l’enquête, avec peu de différences entre les pays. Parmi les travailleurs à temps plein en emploi permanent dans des entreprises formelles, la participation est plus élevée, avec 51 % bénéficiant d’une formation dispensée par leur employeur. Cet écart met en évidence des inégalités marquées dans l’accès à l’apprentissage, notamment entre travailleurs formels et informels et selon les niveaux d’éducation.

Le rapport montre que les travailleurs ayant un faible niveau d’éducation formelle, occupant des emplois informels et/ou travaillant dans de petites entreprises apprennent principalement «sur le tas», tandis que d’autres sont plus susceptibles d’apprendre auprès de collègues expérimentés et d’accéder à des formations structurées. Cela souligne la nécessité de systèmes d’apprentissage qui reflètent mieux la manière dont les individus acquièrent des compétences tout au long de leur vie professionnelle.

Au-delà des compétences numériques et écologiques

L’un des principaux constats du rapport est qu’une focalisation étroite sur les compétences techniques ne suffit pas.

Dans des pays de niveaux de revenu différents, les employeurs recherchent de plus en plus des combinaisons de compétences. Les compétences numériques et écologiques sont importantes, mais elles sont souvent requises en complément de compétences cognitives de base, socio-émotionnelles et manuelles. Les travailleurs disposant de ces profils de compétences « complets » ont davantage de chances d’accéder à des emplois mieux rémunérés et offrant de meilleures conditions de travail.

L’analyse originale de l’OIT des données d’offres d’emploi en ligne révèle une forte demande pour un ensemble combinant compétences numériques, communication, travail d’équipe et résolution de problèmes. Les compétences socio-émotionnelles représentent à elles seules plus de la moitié des compétences demandées dans des pays comme le Brésil, le Maroc et les Émirats arabes unis, et plus de 40 % en Égypte, en Jordanie, en Afrique du Sud et en Uruguay. Les compétences cognitives et techniques sont également largement recherchées.

Pour l’instant, les compétences spécifiques à l’IA ne représentent qu’une faible part de la demande globale. Cette demande devrait croître, mais elle reflète aussi le fait que de nombreux travailleurs utilisent des outils d’IA prêts à l’emploi qui ne nécessitent pas de connaissances spécialisées. Ils s’appuient plutôt sur de solides compétences de base telles que la culture numérique, l’esprit critique et les aptitudes sociales.

L’OIT estime qu’à l’échelle mondiale, 32 % des travailleurs effectuent des tâches ayant une dimension environnementale. Le rapport met en garde contre le fait que les emplois liés à la transition écologique ne sont pas automatiquement des emplois décents. Sans la combinaison appropriée de compétences et de politiques, ces nouvelles opportunités pourraient ne pas se traduire par de meilleures conditions de travail.

Le rapport met également en lumière l’augmentation des besoins en soins, avec une demande mondiale de travailleurs de soins de longue durée qui devrait passer de 85 millions en 2023 à 158 millions d’ici 2050. Pourtant, de nombreux travailleurs rémunérés du secteur des soins continuent de faire face à de mauvaises conditions de travail, ce qui montre que les compétences sont souvent sous-évaluées et sous-rémunérées dans des secteurs fournissant des services essentiels à la société.

L’apprentissage tout au long de la vie comme priorité politique

Le rapport appelle à une approche globale de l’apprentissage tout au long de la vie, qui dépasse le cadre de l’éducation formelle pour inclure les possibilités d’apprentissage et de formation sur le lieu de travail et dans l’ensemble de la société.

L’apprentissage tout au long de la vie va au-delà de l’employabilité et de la productivité. Il constitue un fondement du travail décent, d’une innovation véritable, d’une citoyenneté active et de l’inclusion sociale, ce qui en fait un pilier de toute stratégie efficace de croissance et de développement durables.

Pourtant, dans de nombreux pays, les systèmes d’apprentissage restent fragmentés et chroniquement sous-financés. Même dans les pays à revenu élevé, 34 % consacrent moins de 1 % de leurs budgets publics d’éducation à l’apprentissage et à l’éducation des adultes. Dans les pays à faible revenu, ce chiffre atteint 63 %.

Les pays à revenu élevé bénéficient généralement de cadres institutionnels plus développés, mais des défis importants subsistent, notamment une faible coordination entre les institutions et un accès inégal aux opportunités d’apprentissage. Dans les pays à revenu plus faible, des obstacles structurels tels qu’un financement limité et des infrastructures insuffisantes restreignent davantage la portée et l’efficacité des systèmes d’apprentissage.

Les gouvernements, les organisations d’employeurs et les organisations de travailleurs ont tous un rôle à jouer. Le rapport appelle à un accès plus large et plus équitable à l’apprentissage, à des systèmes de formation renforcés et à des politiques d’apprentissage tout au long de la vie mieux adaptées aux réalités des individus. Il souligne également la nécessité d’une gouvernance solide, d’une meilleure coordination, d’un financement adéquat et du dialogue social. Sans action décisive, prévient le rapport, les transformations qui façonnent l’avenir du travail risquent de laisser de larges segments de la main-d’œuvre mondiale de côté

5 mai 2026
OIT