Sécurité : colère des policiers municipaux

Rédigé le 28/12/2020

Les policiers municipaux vent debout après les propos d'Emmanuel Macron...

Comme leurs collègues de la nationale, les policiers municipaux dénoncent les propos tenus par Emmanuel Macron lors de son interview au média en ligne Brut. Le président de la République y reconnait les "violences policières", dénonce les contrôles au faciès et annonce le lancement d'une plateforme de signalement des discriminations.
 
La colère gronde chez les policiers municipaux après l’interview d’Emmanuel Macron vendredi 9 décembre au média en ligne Brut. Comme leurs collègues de la nationale, ils n’ont guère apprécié – c’est le moins qu’on puisse dire – les propos du chef de l’Etat concernant les contrôles au faciès et la discrimination.
A l’instar des syndicats de police Unité SGP-Police-Fo mais aussi Alliance, le syndicat FO Police municipale (FOPM) a ainsi décidé d’appeler ses troupes à « l’inaction ». « Nous n’acceptons pas les propos du président de la République ! Non, les policiers ne sont pas racistes. Non les policiers ne provoquent pas ! Non les policiers ne contrôlent pas au faciès ! Oui les policiers travaillent dans des milieux difficiles », clame FOPM, avant de conclure dans un tract ravageur : « Notre meilleure action sera l’inaction ».
Généralisation des caméras-piétons
En réalité, les policiers municipaux ne sont pas habilités à faire des contrôles d’identité comme les policiers nationaux. Ils peuvent uniquement relever l’identité d’un contrevenant dans le but de dresser un procès-verbal. Si le contrevenant refuse ou se trouve dans l’impossibilité de justifier de son identité, ils doivent en rendre compte à un officier de police judiciaire, et donc alerter leurs collègues de la police ou de la gendarmerie nationale. « On ne peut pas donc pas nous accuser de contrôles au faciès puisque nous ne relevons les identités qu’après qu’une infraction ait été commise. Néanmoins, sur le terrain, nous nous trouvons confrontés aux mêmes problématiques que nos collègues des forces nationale et nous ne pouvons accepter de tels propos de la part du chef de l’Etat », explique Fabien Golfier, secrétaire national du syndicat FA-FPT police municipale.
Lors de cet entretien à Brut, quelques jours après l’agression du producteur noir Michel Zecler par plusieurs policiers et l’évacuation brutale de migrants place de la République à Paris, le président de la République n’a pas hésité à utiliser l’expression « violences policières », même s’il a expliqué préférer parler des « violences [commises] par des policiers » : « Je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières, mais je le déconstruis » car « c’est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique », a -t-il indiqué. Emmanuel Macron a dit vouloir regarder en face la question des contrôles au faciès. « Aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (…). On est identifié comme un facteur de problème et c’est insoutenable », a regretté le chef de l’Etat.
Outre la généralisation des caméras-piétons pour les policiers, il a également promis le lancement, en janvier 2021, d’une plate-forme nationale de signalement des discriminations, gérée par l’Etat, le Défenseur des droits et des associations.
Le procès de la police
Ces propos ont eu l’effet d’un éléctrochoc parmi les policiers municipaux. « Au lieu de resserrer les rangs – ce qui ne veut pas dire ne pas sanctionner les fautes, si fautes il y a, le président de la République jette l’opprobre sur la police en l’accusant de contrôler au faciès et non en fonction des circonstances. C’est inadmissible », poursuit Fabien Golfier qui, s’il n’appelle pas ses troupes au boycott des interventions, se dit « en colère ». Même incompréhension du côté de la CFDT.
« Le Président de la République fait le procès des forces de l’ordre et sous-entend qu’il y a un racisme systémique au sein de la police, ce qui est faux », dénonce Serge Haure, référent police municipale au sein de la CFDT. Furieux, ce dernier demande à ses collègues « de faire preuve de la plus grande prudence lors des contrôles et de se désengager s’ils pensent qu’ils pourraient, à tort, être incriminés pour discriminations ».
Cette polémique intervient alors que la proposition de loi Sécurité globale, adoptée le 24 novembre par l’Assemblée nationale, prévoit d’étendre les compétences des policiers municipaux et que les organisations syndicales appellent le gouvernement à rouvrir des discussions sur les indemnités et la retraite des agents.
source www.lagazette.fr/711776