FO Fonction publique en meeting :

20 janvier 2026

La grande salle de la Bourse du travail, rue du château d’eau à Paris, était pleine à craquer… soit au moins 500 militants FO présents ce 13 janvier dans l’après-midi. 

Une vraie réussite se réjouissait Christian Grolier, le secrétaire général de la FGF-FO et de l’Union interfédérale FO de la Fonction publique, organisatrice du meeting, auquel a participé le secrétaire de la confédération, Frédéric Souillot.

Le matin s’était tenu au ministère un Conseil commun réunissant les trois versants de la Fonction publique.

Pendant plus de deux heures ce 13 janvier, nombre de militants se sont succédé à la tribune du meeting FO Fonction publique, pour exprimer tant les inquiétudes, voire la colère, des agents des trois versants, que leurs revendications.

Le meeting, clôturé par le secrétaire général de la confédération, Frédéric Souillot, et auquel a participé Gilbert Lieben de la fédération FGTB et de la CGSP (centrale générale des services publics) belge, vient en prolongement des actions de l’Union interfédérale de la fin 2025, notamment une distribution de tracts fin novembre pendant trois jours, en s’adressant au grand public mais aussi aux élus, dont les parlementaires, dans de nombreuses villes dont à Paris.

Ce 13 janvier, drapeaux FO agités dans la salle de la Bourse du travail, applaudissements nourris, huées de mesures gouvernementales attaquant les droits… Sur fond de dossier budgétaire toujours au cœur de l’actualité nationale, le meeting – retransmis sur les réseaux sociaux – a donc fait le plein et souligné toute la détermination des militants FO à faire aboutir leurs revendications. En matière salariale notamment.

L’urgence de la revalorisation des salaires et des carrières

Alors que chaque participant a reçu à son arrivée au meeting le livret rédigé par FO Fonction publique et intitulé « Vivre dignement de son travail », le dossier « salaires » s’est élevé naturellement au premier rang des préoccupations, et des interventions des militants à la tribune. Et pour cause. Didier Birig, secrétaire général de la fédération SPS-FO a résumé d’entrée la situation.  Dans le privé, il y a des négociations salariales et qui donnent lieu à des augmentations, en moyenne +1,7% en 2025. Mais dans la Fonction publique ? Une année blanche en 2024, 2025 et 2026 et très certainement en 2027.

Et c’est sans évoquer les précédents gels du point d’indice (base de calcul des traitements indiciaires) depuis 2011. Le point n’a été augmenté qu’en 2016 et 2017 (1,2% en deux temps) puis en 2022, de 3,5%... face à une inflation à 5,2%. Et en 2023, de 1,5%, face à une inflation à 4,9%. Depuis, et alors que l’inflation était de 2% en 2024 et de 1,2 en 2025, c’est le gel. Et qui se double d’un arrêt du dispositif GIPA (garantie individuelle du pouvoir d’achat) ou encore de la  stigmatisation des fonctionnaires malades rappelait Christian Grolier, référence à l’indemnisation abaissée (de 100% à 90%) des arrêts maladie de moins de trois mois.

Bilan, en 25 ans, le pouvoir d’achat de la valeur du point d’indice a reculé de 32,5%. FO Fonction publique demande donc plus que jamais une revalorisation immédiate du point à hauteur de 10%, mais aussi l’ouverture de discussions avec, entre autres, l’objectif de revoir en profondeur les grilles afin de redonner une attractivité aux salaires et ainsi aux carrières. Elle demande aussi une indexation du point à l’inflation.

C’est notre travail qui permet de faire tourner le service public

Évoquant le combat contre l’austérité budgétaire, le secrétaire général de la confédération, Frédéric Souillot a souligné combien FO déplore  qu’à chaque fois, comme tous les ans (en période de débat budgétaire), les agents publics redeviennent un coût, cela alors que les assistés de la République, ce sont les patrons. Les entreprises bénéficient d’aides publiques à hauteur de 211 milliards d’euros par an (selon un récent rapport sénatorial) rappelait-il, indiquant encore que le problème budgétaire, ce sont les recettesinsuffisantes.

 Nous sommes des travailleurs et c’est notre travail qui permet de faire tourner le service public rappelait de son côté Bertrand Debeaux, pour le syndicat FO de la ville de Lyon. Maxime Lebigot, pour le syndicat FO du centre hospitalier de Laval en Mayenne, soulignait quant à lui toute la lutte syndicale (AG, manifs, occupation de ronds-points, …) qu’il a fallu pour stopper le plan d’austérité, doublé d’un plan social, qui menaçait l’établissement. Et les batailles pour l’apport de moyens à la santé publique se poursuivent. En décembre, 2 000 personnes manifestaient à Laval pour le maintien des Urgences. Des moyens sont demandés aussi dans le secteur de la Santé mentale. Élevé par l’exécutif au rang de « cause nationale », il en manque dramatiquement. Et plus largement, pointait le militant,  les lois de financement de la Sécurité sociale organisent cet assèchement des moyens, en Mayenne, il y a une rupture de l’égalité républicaine quant à l’accès au soin.

Rien ne s’obtient sans rapport de force

Mêmes constats relatifs aux manques de moyens de la part du secteur de l’Éducation soulignait Christophe Lalande pour la FNEC FP-FO. Dans les textes budgétaires pour 2026, il n’y a toujours  rien pour les salaires ni pour l’amélioration des conditions de travail pointait le militant dénonçant entre autres les suppressions de postes, un enseignement spécialisé pour les élèves en situation de handicap qui n’est plus assuré… Rien ne s’obtient sans rapport de force et  sans rapport de force il n’y a pas de négociation résumait de son côté Grégory Joron d’Un1té expliquant comment dans le secteur de la police, et plus largement celui du ministère de l’Intérieur, les agents  transformant la colère en revendicationsœuvrent à décrocher des avancées par différentes actions. Ainsi une manifestation en 2024, la distribution en octobre dernier de tracts expliquant l’opposition à la réforme de la filière investigation et enquête...

Quant au Beauvau de la sécurité  on l’a arraché et transformé. Il avait en effet débouché sur un protocole signé le 2 mars 2022, portant des mesures à hauteur de deux milliards. Et depuis d’autres améliorations salariales et statutaires ont été apportées, notamment pour la catégorie C. Ainsi  on est passés de 25% de gradés à 52%indiquait-il rappelant le slogan du syndicat :  protéger (les agents), négocier et progresser (en apportant les améliorations attendues par les agents).

On veut du concret !

Le  gel du point, la Smicardisation des grilles… Les salaires des catégories B qui fondent comme neige au soleil, on en parle ? Et les agents de catégorie A recrutés au niveau du Smic ? Bientôt il faudra une indemnité compensatrice pour les agents de catégorie A, ironisait Laurent Mateu, pour la branche territoriale de la SPS-FO remarquant par ailleurs que  l’on attend toujours l’abrogation de la réforme des retraites de 2023. Et le militant de demander lui aussi  l’ouverture immédiate d’une négo salaire et la remise en vigueur de la Gipa. On veut du concret : de meilleurs salaires, carrières et retraites.

 On n’aura rien si on ne va pas le chercher !

Par le gel du point récurrent depuis 25 ans, un agent de catégorie A peut enregistrer désormais une perte mensuelle de plus de 1 000 euros sur son traitement brut. Plus de 800 euros pour un agent de catégorie B. Plus de 600 euros pour un agent de catégorie C. Par ailleurs, une fois de plus cette année, dans le cadre de la revalorisation du Smic (+1,18%) au 1er janvier, le gouvernement a improvisé en catastrophe un dispositif pour remettre le « minimum de traitement » dans le public au niveau du Smic. 360 000 agents étaient concernés. Ils ont reçu, non une hausse indiciaire, mais une indemnité différentielle de 21,23 euros.

Quant à la grille indiciaire soulignait Christian Grolier  elle est tellement tassée en catégorie C (45% des agents) qu’on ne peut même plus ajouter un point d’indice entre les échelons ! Il y a onze échelons au 1er grade de la catégorie C, avec un temps de carrière de dix-neuf ans et… une différence de 100 euros à la fin ! Désormais, le ministre délégué auprès de la ministre de l’Action et des Comptes publics, chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État , David Amiel nous dit : j’ai compris, je vais ouvrir des négociations salariales. Mais ce serait de simples discussions dans le cadre de la conférence TER (Travail-Emploi-retraites) note l’union interfédérale FO. Nous avons répondu que nous voulions de vraies négociations. Or, lors du Conseil commun (le matin du 13 janvier, Ndlr), pour améliorer les salaires et les rémunérations, le ministre a proposé l’ouverture d’un cycle de discussions mensuel, pour regarder quels sont tous les éléments de la rémunération ! Avec deux objets : améliorer la reprise d’ancienneté et améliorer la VAE pour entrer dans l’emploi. On sent qu’il a bien compris l’urgence sur les salaires ! Et le ministre ajoute : mon objectif ambitieux, c’est une Fonction publique performante pour 2035-2050 ! Rires mâtinés de colère dans la salle.

Cette attitude du gouvernement, reprenait Christian Grolier : cela signifie que quel que soit le texte budgétaire, et le gouvernement, la politique d’austérité se poursuit. Et que l’on n’aura rien si on ne pas le chercher ! Cela veut donc dire qu’il faut continuer à porter nos revendications, continuer à les expliquer, à informer, faire des assemblées générales… Et d’indiquer en forme de clin d’œil :  preuve que nos revendications portent… A l’Assemblée nationale, FO reste la première organisation et dépasse les 50% des voix aux dernières élections professionnelles. Et le secrétaire général de la Confédération, Frédéric Souillot, de conclure : le service public et ses agents ne sont pas un coût ou une dépense, ils sont une richesse, ironisant que la banquise dégèle plus vite que la valeur du point d’indice.

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Valérie FORGERONT 
Journaliste à l’InFO militante