FO lance sa campagne pour les élections professionnelles

14 septembre 2026

La fonction publique est particulièrement sous les projecteurs en ce deuxième semestre.

Le 10 dĂ©cembre prochain (du 3 au 10 pour ceux qui votent par voie Ă©lectronique, notamment Ă  l’État), 5,8 millions d’agents (fonctionnaires et contractuels) Ă©liront, lors des Ă©lections professionnelles, leurs reprĂ©sentants aux comitĂ©s sociaux, commissions administratives paritaires (CAP) et commissions consultatives paritaires (CCP). En tout, près de 20 000 instances sont Ă  renouveler.

Depuis les Ă©lections de 2022, FO tient la deuxième position sur l’ensemble des versants, Ă©tant première dans le versant de l’État, deuxième chez les hospitaliers et troisième chez les territoriaux. Ce 7 septembre, lors d’une confĂ©rence de presse au siège parisien de la confĂ©dĂ©ration, en prĂ©sence de son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, FrĂ©dĂ©ric Souillot, FO a lancĂ© sa campagne pour les Ă©lections 2026.

Jusqu’en dĂ©cembre, des militants de FO-Fonction publique ainsi que des secrĂ©taires confĂ©dĂ©raux vont notamment aller Ă  la rencontre des agents, Ă  travers une trentaine de villes-Ă©tapes (des dĂ©placements auront lieu par ailleurs en outre-mer), via un pĂ©riple en autocar qui a dĂ©butĂ© ce 7 septembre. Des visites de services publics sont prĂ©vues, des distributions de tracts ou encore des meetings. Le dernier aura lieu Ă  Paris le 2 dĂ©cembre. Alors que la campagne s’ouvre avec en toile de fond des mobilisations dans la fonction publique, qu’elle se dĂ©roulera par ailleurs pendant ces trois mois dans une pĂ©riode d’examen parlementaire des textes budgĂ©taires, FO Ĺ“uvrera Ă  convaincre les agents en rappelant ses revendications sur les salaires, le statut, les emplois, les conditions de travail…

Un statut général toujours à défendre

L e 19 octobre prochain marquera les 80 ans du statut gĂ©nĂ©ral de la fonction publique, concrètement, du premier grand texte (loi n°46-2294) qui Ă  la sortie de la Seconde Guerre mondiale, et dans le cadre de la reconstruction de l’administration de la RĂ©publique, a posĂ© les caractĂ©ristiques fondamentales de ce que va ĂŞtre et signifier un « statut Â» commun aux agents. Ă€ noter que le 9 octobre 1945, une ordonnance avait quant Ă  elle notamment créé un ministère de la Fonction publique (celle-ci est en revanche actuellement rattachĂ©e au ministère de l’Action et des Comptes publics) ainsi que la Direction de la fonction publique, devenue dès 1959 (après la promulgation de la Ve RĂ©publique) la DGAFP (Direction gĂ©nĂ©rale de l’administration et de la fonction publique), avec pour mission entre autres de coordonner les règles statutaires particulières aux divers personnels de l’État et des autres collectivitĂ©s publiques. Le texte du 19 octobre 1946 (revu par ordonnance en 1959), qui avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ© par le gouvernement de Gaulle en 1945 et qui sera prĂ©sentĂ© par le ministre de la Fonction publique de l’époque, Maurice Thorez, ne concerne alors que les agents de l’État. Ce n’est qu’en 1952 qu’une loi Ă©voquera des règles statutaires pour les agents locaux des communes. Sans toutefois les reconnaĂ®tre en tant que fonctionnaires. Il faudra attendre 1984 (loi du 26 janvier, avec un projet portĂ© par le ministre de la Fonction publique, Anicet Le Pors) pour que l’ensemble des agents territoriaux (communes, dĂ©partements, rĂ©gions) soit dotĂ© d’un statut commun. Cela renvoie aux lois de dĂ©centralisation (lois Defferre) de 1982-1983, accordant plus d’autonomie et des compĂ©tences spĂ©cifiques Ă  ces strates territoriales. L’annĂ©e 1983 sera quant Ă  elle une Ă©tape notable dans l’histoire de la fonction publique puisque c’est cette annĂ©e-lĂ , par la loi n°83-634 du 13 juillet, que sont Ă©tendus et modernisĂ©s les droits et obligations des fonctionnaires. Cette loi, dite loi Le Pors, sera abrogĂ©e en 2022, ses principes seront intĂ©grĂ©s au Code gĂ©nĂ©ral de la fonction publique, en vigueur depuis. Historiquement, la loi Le Pors constitue « le Titre 1 du statut gĂ©nĂ©ral des fonctionnaires de l’État et des collectivitĂ©s territoriales Â». Quant aux agents des Ă©tablissements publics hospitaliers, ce sera par la loi du 9 janvier 1986 qu’ils seront dotĂ©s d’un statut unifiĂ©. Et l’hospitalière sera intĂ©grĂ©e en tant que troisième versant Ă  la fonction publique.

Droits et obligations des agents dans le modèle rĂ©publicain

Mais que porte ce « statut Â», spĂ©cificitĂ© de la RĂ©publique française, dont tous les fonctionnaires relèvent et qu’ils entendent protĂ©ger des attaques, de plus en plus nombreuses ? Dès 1946, ce statut – qui a tout Ă  voir avec non pas la notion de mĂ©tier mais de service â€“ dĂ©finit des droits et des garanties, avec l’affirmation du recrutement par concours, du dĂ©roulĂ© de carrière (l’attachement au grade notamment), de la rĂ©munĂ©ration et de la pension (le Code des pensions civiles et militaires sera créé en 1951, inscrira l’obligation du paiement des pensions au Grand-livre de la Dette publique, et affirmera la nĂ©cessitĂ© d’une condition de vie digne apportĂ©e au fonctionnaire pensionnĂ©). Plus largement, le statut, qui va s’étoffer au fil des dĂ©cennies, va instituer des principes propres au modèle français de la fonction publique. L’agent – auquel est garanti le respect de ses droits civils et de sa libertĂ© d’opinion (notamment syndicale) et qui par ailleurs dispose du droit de grève (toutefois encadrĂ©) â€“ n’est pas soumis Ă  un pouvoir politique. Il n’a pas Ă  rĂ©pondre Ă  des injonctions de politiques partisanes. Le fonctionnaire est en effet au service de la collectivitĂ©, de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. Cela signifie pour lui des obligations, entre autres l’impartialitĂ©, l’intĂ©gritĂ©, le respect des exigences du service (ainsi le secret professionnel), l’obĂ©issance hiĂ©rarchique ou encore le respect du principe de laĂŻcitĂ©.

Au risque d’une fragilisation du statut

Ce statut gĂ©nĂ©ral fait face toutefois depuis des annĂ©es Ă  des attaques via des mesures et rĂ©formes diverses, au nom d’une « modernisation Â» qui se meut plutĂ´t en une volontĂ© d’économies. Exemples. Le gel quasi incessant depuis 2011 du point d’indice (base de calcul des traitements), combinĂ© Ă  des grilles tassĂ©es car non revalorisĂ©es, Smicardise de plus en plus les salaires (les primes reprĂ©sentent dĂ©sormais de 20 % Ă  40 % de la rĂ©munĂ©ration totale). Si cela pèse sur les carrières ― plombant leur attractivitĂ© et par voie de consĂ©quence les recrutements â€•, cela a aussi des rĂ©percussions sur le niveau des pensions (les primes ne sont pas prises en compte dans le calcul de la pension). La notion de « mĂ©rite Â», donc d’individualisation de la rĂ©munĂ©ration, Ă©valuĂ©e par des entretiens et prĂ©sente dans l’architecture du rĂ©gime indemnitaire (actuellement le Rifseep, créé en 2014), a fait aussi son entrĂ©e dans la fonction publique. La loi de Transformation du 6 aoĂ»t 2019 (venant après moult rĂ©formes : RGPP, RĂ©ATE, Maptam, loi NOTRe, loi OTE, â€¦) a elle, entre autres, consacrĂ© la contractualisation de l’emploi. Alors qu’au total, sur l’ensemble des versants, les agents en emploi prĂ©caire reprĂ©sentent dĂ©jĂ , en moyenne, près d’un quart des effectifs. Effet par ailleurs de l’austĂ©ritĂ© rĂ©currente qui s’abat sur le public, avec entre autres la volontĂ© de toujours rĂ©duire les effectifs de l’État, il n’est pas rare que des agents, y compris contractuels, assument des tâches et responsabilitĂ©s indues. Ainsi, des agents de catĂ©gorie C assurent des missions de catĂ©gorie B et des B, celles de catĂ©gorie A. La loi de Transformation, qui par ailleurs facilite les dĂ©parts (y compris par ruptures conventionnelles), a aussi instituĂ© en 2021 les  lignes directrices de gestion pour piloter les ressources humaines, système subjectif et aux mains de l’administration pour les mutations, avancement et promotions. Lesquels Ă©taient Ă©tudiĂ©s auparavant en CAP (commissions administratives paritaires), avec l’intervention des syndicats. Le système LDG, contestĂ© par FO, a Ă©tĂ© permis par la rĂ©forme des instances reprĂ©sentatives consultatives. S’est ainsi opĂ©rĂ©e une fusion entre les comitĂ©s techniques (CT) et les CHSCT, donnant naissance au comitĂ© social. Les CAP, privĂ©es de leurs prĂ©rogatives, traitent exclusivement des questions disciplinaires.

Le symbole osĂ© de la « revue stratĂ©gique Â»

GlorifiĂ©s par les pouvoirs publics en temps de crise mais ramenĂ©s ensuite au rang de coĂ»t Ă  rĂ©duire, s’indigne rĂ©gulièrement le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la confĂ©dĂ©ration, FrĂ©dĂ©ric Souillot, les fonctionnaires doivent donc plus que jamais batailler pour dĂ©fendre ce statut gĂ©nĂ©ral, garant de valeurs propres Ă  la RĂ©publique et participant Ă  faire vivre chaque jour la cohĂ©sion sociale. Alors que la DGAFP, Ă  l’occasion des 80 ans du statut, compte prĂ©senter le 19 octobre prochain, les rĂ©sultats de la rĂ©flexion sur la « revue stratĂ©gique de la fonction publique 2035-2050 Â», lancĂ©e dĂ©but 2026 et assortie de quelques questions du genre faudra-t-il encore des fonctionnaires sous statut pour assurer les missions de service public ? Le pĂ©rimètre du statut de la fonction publique doit-il Ă©voluer ? Faut-il faire Ă©voluer les voies de recrutement ? Comment favoriser la mobilitĂ© pour permettre des parcours publics diversifiĂ©s ? Faudra-t-il maintenir l’unicitĂ© de la fonction publique ? Quel doit en ĂŞtre le socle commun ?, etc., pour FO-Fonction publique c’est toujours non !, martelait en mai dernier l’union interfĂ©dĂ©rale. Elle dĂ©nonce ainsi une logique de projection lointaine sans rĂ©pondre aux besoins immĂ©diats, et pointe l’attitude du gouvernement « qui ose continuer de parler d’attractivitĂ© d’emploi public alors qu’il casse les fondamentaux du statut gĂ©nĂ©ral des fonctionnaires Â». FO-Fonction publique a rappelĂ© son opposition Ă  cette orientation et exigĂ© entre autres  l’ouverture sans dĂ©lai de vĂ©ritables nĂ©gociations salariales, ainsi que l’abrogation de la loi de transformation de la fonction publique.

VALÉRIE FORGERONT

Signe de la colère, la multiplication des mobilisations

E n cette rentrĂ©e de septembre, Ă  quelques semaines de la prĂ©sentation des projets de textes budgĂ©taires (PLF pour l’État et PLFSS pour la SĂ©curitĂ© sociale) et alors que les agents publics assument depuis des mois leurs missions dans des conditions de travail encore plus dĂ©gradĂ©es que d’habitude, du fait des vagues de canicule qui s’enchaĂ®nent, la colère des personnels est palpable. Elle se traduit par la dĂ©cision de mobilisations pour obtenir la reconnaissance due, salariale notamment, ainsi que l’octroi, enfin, de moyens budgĂ©taires et d’effectifs Ă  la hauteur des besoins, en 2027. Le 8 septembre, une intersyndicale, Ă  cinq organisations dont la fĂ©dĂ©ration SPS-FO (qui a dĂ©posĂ© un prĂ©avis de grève courant du 2 juillet au 15 octobre), a organisĂ© une journĂ©e « fonction publique hospitalière morte Â», avec entre autres des rassemblements et des minutes de silence devant des Ă©tablissements. Les sapeurs-pompiers, particulièrement sur le pont cet Ă©tĂ©, ont annoncĂ© eux, via leur intersyndicale comptant FO-SIS, le dĂ©pĂ´t d’un prĂ©avis de grève du 8 septembre (date de la prĂ©sentation partielle faite par le ministre de l’IntĂ©rieur du projet de loi de modernisation de la sĂ©curitĂ© civile) au 20 octobre, pĂ©riode durant laquelle devrait intervenir le vote de la première partie du projet de loi de finances. Dans le secteur de l’éducation, alors que des centaines de milliers d’étudiants et de bacheliers qui se retrouvent recalĂ©s par Mon Master et Parcoursup, s’indigne la FNEC FP-FO, la fĂ©dĂ©ration (qui a prolongĂ© son prĂ©avis de grève, du 31 aoĂ»t au 17 octobre) a appelĂ© Ă  des rassemblements le 9 septembre devant le ministère de l’ESR et les rectorats pour exiger leur inscription immĂ©diate dans la filière de leur choix !.

Le 29 septembre en perspective

L’exaspĂ©ration de l’austĂ©ritĂ© budgĂ©taire dans la sphère publique, qui induit tant une paupĂ©risation salariale qu’un manque chronique de moyens pour les missions, motive encore la mobilisation nationale et intersyndicale de la fonction publique le 29 septembre. Comme les autres structures FO du public, la FGF-FO ― qui a dĂ©posĂ© un prĂ©avis de grève du 8 septembre au 31 dĂ©cembre â€• y est pleinement engagĂ©e. Cette mobilisation, par la grève et des manifestations, a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par les huit organisations du public au lendemain d’un rendez-vous salarial avec le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, le 8 juillet. Rendez-vous plus que dĂ©cevant et qui avait conduit toutes les organisations Ă  quitter la rĂ©union.

VALÉRIE FORGERONT

Trois mois d’une campagne de proximité

P lus de trente villes-Ă©tapes et près de trois mois sur les routes : dans le cadre de sa campagne pour les Ă©lections professionnelles dans la fonction publique, FO s’engage dans un pĂ©riple national en autocar. EmbarquĂ©s depuis le 7 septembre, les reprĂ©sentants des fĂ©dĂ©rations Ĺ“uvrant pour les trois versants de la fonction publique partent Ă  la rencontre des agents. Ă€ chaque Ă©tape, les UD et les structures syndicales locales ont organisĂ© un programme de rencontres. Il y aura des meetings, des visites de services, des sĂ©ances d’information, des assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales, etc., explique Didier Birig, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de FO-SPS. Tous les militants sont mobilisĂ©s et dĂ©terminĂ©s pour les revendications. Lesquelles concernent en prioritĂ© le dĂ©gel du point d’indice et sa revalorisation immĂ©diate de 10 %, l’augmentation des effectifs ou encore la prĂ©servation du système des pensions. Pour ĂŞtre entendus, nous devons ĂŞtre reprĂ©sentatifs au maximum, rĂ©sume Christian Grolier, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FGF et de FO-Fonction publique. L’objectif est donc d’inciter au vote. Et d’aller soutenir les camarades qui font le travail sur le terrain, quotidiennement, complète Laurent Mateu, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la branche des services publics.

Un bilan à défendre

FO est actuellement deuxième sur l’ensemble des versants, première dans le versant de l’État, deuxième Ă  l’hospitalière et troisième Ă  la territoriale. Nous avons un bilan Ă  dĂ©fendre, il faut le montrer, a rappelĂ© FrĂ©dĂ©ric Souillot. ClĂ©ment Poullet, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FNEC FP-FO, souligne lui que des mobilisations engagĂ©es en cette rentrĂ©e scolaire portent dĂ©jĂ  leurs fruits. L’administration lâche une ouverture de classe ici ou accorde des AESH en nombre suffisant lĂ , note-t-il. La lutte paye. Et on sera toujours aux cĂ´tĂ©s des personnels pour porter les revendications.

SANDRA DÉRAILLOT
11 septembre 2026
Sandra DÉRAILLOT
Valérie FORGERONT
Journalistes à l’InFO militante