Sécurité civile : le système ne tient plus, il survit !
Rédigé le 05/10/2026
30 ans d'alertes, 30 ans de constats :
Il est temps de passer aux actes !
L’été 2026 restera une période particulièrement douloureuse pour la communauté des sapeurs-pompiers.
Cette tribune est rédigée le 28 juillet 2026, avec l’espoir qu’aucun nouveau drame ne vienne endeuiller notre communauté.
En quelques semaines, Baptiste, Anthony, Wilfried et Laurent ont perdu la vie. Quatre sapeurs-pompiers. Quatre collègues. Quatre familles endeuillées. FO SIS renouvelle son soutien à leurs proches, à leurs collègues et à l’ensemble des personnels des services d’incendie et de secours.
Nous ne tirerons aucune conclusion prématurée sur les circonstances de ces drames. Les enquêtes et les retours d’expérience devront établir les faits.
Mais notre responsabilité est aussi d’en tirer tous les enseignements. Notre modèle de sécurité civile est-il encore dimensionné pour les risques auxquels nous sommes confrontés ?
30 ans d'alertes et toujours les mêmes mots
Depuis plus de trente ans, les feux changent d’échelle. Les qualificatifs, eux, se répètent.
1990 : les incendies du Var provoquent un premier électrochoc national.
2003 : plus de 73.000 hectares brûlent.
2010 : Nicolas Sarkozy : « Cela ne peut plus durer ! »
2017 : Gérard Collomb évoque une période « exceptionnelle » de feux de forêt.
2022 : Emmanuel Macron souligne le caractère « exceptionnel » des incendies.
2025 : près de 17.000 hectares sont parcourus par le seul incendie des Corbières.
2026 : le 27 juillet, Emmanuel Macron qualifie la situation de « plus difficile depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».
Au 27 juillet 2026, 116.085 hectares ont déjà brûlé en France, contre environ 30.500 sur l’ensemble de l’année 2025 hors Outre-mer.
Et nous ne sommes qu’en juillet...
Les feux changent d'échelle, les canicules aussi
Du 17 au 30 juin, la France a connu 14 jours de vague de chaleur. Juin 2026 est devenu le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France.
Du 4 au 19 juillet : 16 nouveaux jours de vague de chaleur. Et ce 28 juillet, une nouvelle vague débute.
Ce n’est plus une projection climatique pour 2050. C’est notre réalité opérationnelle en 2026.
"Le système tient"... NON, il survit !
Quelques jours avant notre rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Julien MARION, directeur général de la sécurité civile, déclarait : « Notre dispositif, pour l’instant, tient. », avant de reconnaître : « Notre système est sous forte tension. »
Vu depuis le Gouvernement, peut-être que le système tient.Mais sur le terrain, il survit. Les délais de départ s’allongent. Des engins partent incomplets ou restent indisponibles. Les centres de secours doivent assurer le quotidien tout en fournissant les renforts nécessaires aux opérations majeures.
Les sapeurs-pompiers professionnels, volontaires et militaires enchaînent gardes, interventions et colonnes. Les personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS) assurent le soutien indispensable aux opérations.
Et l’épuisement est réel. Le système survit parce que les femmes et les hommes qui le composent compensent chaque jour ses fragilités. Mais leur engagement ne peut pas éternellement compenser le manque de moyens et d’effectifs.
On ne bâtit pas une politique de sécurité civile sur la disponibilité sans limite et l’épuisement de ses personnels. La question n’est plus de savoir si le système tient, mais combien de temps encore il pourra survivre ainsi.
Nous l'avons dit au ministre
Le 24 juillet, FO SIS a présenté au ministre de l’Intérieur des propositions concrètes. À ce moment-là, notre communauté était déjà endeuillée par les décès de Baptiste, Anthony et Wilfried.
Dans ce contexte dramatique, nous avons fait le choix de la responsabilité en écartant toute polémique. Mais notre rôle reste d’alerter, de proposer et d’obtenir des avancées.
Depuis, Laurent est venu allonger cette terrible liste.
Le meilleur hommage que nous puissions rendre à nos collègues est maintenant d’agir.
Relèves, fatigue, fumées : la sécurité n'est pas négociable
L’Ordre national d’opérations prévoit que, sauf circonstances exceptionnelles, le temps de repos doit être au moins égal au temps de travail, qui ne peut dépasser 24 heures. Encore faut-il disposer des effectifs pour l’appliquer.
FO SIS revendique le doublement des effectifs engagés avec les engins sur les feux de forêt, afin de garantir une véritable relève.
Ce n’est pas du confort, c’est de la sécurité ! La fatigue, la chaleur et les kilomètres du retour après plusieurs jours d’engagement constituent des risques que l’on ne peut plus ignorer.
Et puis il y a les fumées... Le Gouvernement vient d’annoncer l’acheminement de 1,5 million de masques FFP2 pour les personnels engagés et les populations exposées. Il reconnaît donc lui-même une évidence : les fumées sont dangereuses.
Pourtant, les sapeurs-pompiers interviennent pendant des heures au plus près de ces fumées et contaminants sans protection respiratoire adaptée et généralisée aux contraintes des feux de forêt. À moins de considérer que les sapeurs-pompiers sont des super-héros dotés de poumons filtrants, cette situation doit cesser.
FO SIS exige une véritable protection respiratoire des personnels engagés.
OUI, il faut recruter !
On nous répondra qu’il manque des personnels pour assurer les relèves.
C’est précisément le problème. On ne peut pas renforcer les colonnes, maintenir les secours dans les territoires, respecter les repos et répondre à l’augmentation des risques sans augmenter les effectifs.
Les risques ont changé d’échelle, les moyens doivent changer d’échelle.
FO SIS exige :
→ de l’État, une programmation financière ambitieuse et durable de la sécurité civile ;
→ des Départements, le recrutement massif de SPP et de PATS pour armer réellement les moyens existants et garantir la continuité du service public.
L'Etat peut agir maintenant
Le Gouvernement dispose de leviers réglementaires immédiats.
FO SIS demande d’abaisser de 1.128 à 960 heures le plafond semestriel des SPP en garde de 24 heures, tout en maintenant les 1.607 heures annuelles de travail effectif. Cette évolution porterait l’équivalence d’une garde de 24 heures à 20 heures de travail effectif.
Elle permettrait de dégager jusqu’à deux semaines par an et par SPP pour participer aux colonnes de renfort au titre de l’Indemnité de Mobilisation Opérationnelle (IMO), obtenue par FO SIS en 2023, tout en contraignant les employeurs à adapter leurs effectifs pour garantir la réponse opérationnelle.
Moins de surexposition des mêmes personnels, davantage de capacité de renfort et une obligation d’adapter les effectifs :
l’État dispose d’un levier réglementaire immédiat.
FO SIS demande également l’intégration de la formation feux de forêt dans la formation initiale de tous les sapeurs-pompiers.
Dire la vérité sur les moyens des SDIS
FO SIS demande également un rapport annuel d’application du règlement opérationnel et de la réponse opérationnelle dans chaque SDIS, présenté au conseil d’administration avant les débats d’orientations budgétaires.
Effectifs disponibles, potentiels opérationnels, engins incomplets ou indisponibles, délais de départ, postes vacants, disponibilité des volontaires : les élus doivent savoir ce que leur SDIS est réellement capable d’assurer avant de voter son budget.
La transparence opérationnelle doit précéder la décision budgétaire.
Reconnaître enfin les personnels
L’âge de départ à la retraite recule. La pénibilité, elle, ne recule pas.
FO SIS revendique :
→ La retraite progressive des SPP à partir de 55 ans ;
→ La révision du Congé pour Raison Opérationnelle ;
→ La suppression de la surcotisation de 2 % sur le traitement de base et l’indemnité de feu ;
→ L'ouverture d'un véritable chantier national de la filière.
Sans oublier les PATS, indispensables au fonctionnement des SDIS et trop souvent oubliés des politiques de reconnaissance.
Place aux actes !
La gronde est forte. L’épuisement est réel. FO SIS a alerté, proposé et porté des solutions devant le ministre. Désormais, nous exigeons des actes.
Sans réponses rapides, un mouvement social de grande ampleur pourrait s’engager dès septembre.
Le Gouvernement est prévenu.
30 ANS D’ALERTES
30 ANS DE CONSTATS
MAINTENANT, DES ACTES !