À quand l’égalité salariale ?

Rédigé le 30 juin 2026

Le 8 mars 2026 offrait une opportunité au gouvernement français d’agir pour les droits des femmes, avec la transposition de la directive européenne sur l’égalité des rémunérations.

Or, il a promulgué un projet de loi sans grande envergure dans l’urgence le 6 mars, sachant que la date limite de transposition est le 7 juin 2026 et que ce projet de loi ne passera pas avant l’automne devant l’Assemblée nationale...

Dans le communiqué intersyndical paru le 8 mars 2026, les huit organisations syndicales signataires craignent que cette transposition se fasse a minima, sans se saisir des axes d’action de cette directive : les femmes représentent 62 % des personnes payées au SMIC et 70 % des bénéficiaires des banques alimentaires, plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d’une famille monoparentale sur trois, vivent sous le seuil de pauvreté.

Les dernières données officielles établissent toujours l’écart salarial entre hommes et femmes, tout confondu, à 22,50 %. Les causes de ces inégalités sont multiples et structurelles pour la plupart à commencer par l’histoire qui fait que les femmes ont perçu pendant des siècles un  « salaire d’appoint ».

Les explications les plus récentes de cet écart résident notamment dans le poids du temps partiel encore très féminisé, et bien souvent contraint. 

D'autre part, hommes et femmes n’occupent pas toujours les mêmes emplois. Ces dernières n’accèdent pas à parité aux emplois les plus rémunérateurs et ceux dans lesquels elles sont prédominantes (70 voire 90 % de femmes) comme la santé et le soin, l’éducation, le commerce ou le nettoyage, et sont socialement et économiquement dévalorisées.

A cela s’ajoute la « pénalité de la maternité » ; les mères touchent 38 % de moins du seul fait de la maternité. 

En réalité, ce « soupçon de maternité » pèse sur les femmes, qu’elles aient ou non des enfants, car les entreprises ont tendance à considérer les femmes potentiellement comme mères ou filles, bref... des aidantes !

Il faut une transparence dans la détermination de la valeur des emplois féminisés et masculinisés en s’appuyant sur la mesure de l’égalité entre catégories de travailleurs. La valeur du travail doit reposer sur des critères de compétences, d'efforts, de responsabilités et de conditions de travail.

Mais sur ce dernier point, malgré tous les travaux fournis, le gouvernement reste sourd. Une refonte des grilles de salaires pour intégrer ce principe bouleverserait en effet les classifications professionnelles actuelles qui sous-évaluent les qualités censées être typiquement féminines, comme les compétences relationnelles, ou en surévaluent d’autres, comme la direction d’équipe. Elles omettent également les critères d’efforts ou de conditions de travail.

Bref, la transposition sera un travail de longue haleine qui ne saurait se boucler en quelques mois et qui nécessite des négociations au niveau des branches professionnelles dans le privé, mais aussi dans les différents versants de la Fonction publique.

La Tribune n° 407
Juin 2026